Extrait
de Pierre Lemieux, Confessions d'un coureur des bois hors-la-loi, Montréal,
Varia, à paraître (septembre 2001). Tous droits réservés.
N.B.: Malgré ce que le prétorien lui 'a dit ce jour-là,
tel que rapporté ci-dessous, l'auteur n'avait toujours pas reçus
on "permis de merde" au moment où le manuscrit va sous presse
le 12 août 2001, .
Conversation avec un prétorien le 1er août 2001
Comme je n’avais pas retourné son appel, le même flic m’a rappelé le premier août. La conversation a duré environ 15 minutes. Je lui ai demandé si elle était enregistrée et il a répondu par la négative. Il voulait connaître ma réponse à la fameuse question n° 19(f) :
– Vous avez répondu : « Mes chagrins d’amour ne vous regardent pas. »
– Oui et cela demeure ma réponse.
– La raison pour laquelle nous posons cette question…
Je l’interrompis immédiatement :
– Je connais les raisons que vous donnez et vous devriez lire ce que j’ai écrit là-dessus. Je suis même prêt à en discuter avec vous, pas chez moi puisque la police n’y est pas bienvenue mais quelque part en prenant un verre. Mais je ne veux pas aujourd’hui entendre vos leçons de morale de midinette.
Après un autre refus de répondre autrement à la question, il dit :
– Ça me place dans une position délicate…
– En effet, je comprends que votre position soit délicate car votre prétendue loi sera en difficulté quand tout le monde s’apercevra qu’il faut confier ses chagrins d’amour à Police Canada pour ne pas être criminalisé.
Il fit quelques remarques qui ne laissaient pas de doute sur le fait que la flicaille voulait sauver la face. Il essaya même de m’expliquer qu’il n’était pas flic mais « civil ». « Ah ! un complice », lui répondis-je.
À un certain moment, que je ne suis pas certain de pouvoir replacer correctement dans la chronologie de cette conversation, il me dit (notez comment l’État s’occupe bien de ses esclaves) que certains répondants laissent voir sur leur formulaire « des tendances suicidaires ou homicidaires » ; mais, ajouta-t-il, « ce n’est pas votre cas ». J’ai dû me mordre les lèvres pour ne pas répondre que j’éprouvais soudain une irrépressible pulsion de tyrannicide.
– Oublions la question sur les chagrins d’amour, me dit-il. Accepteriez-vous de répondre aux autres éléments de la question n 19(f), soit : « Au cours des deux dernières années, avez-vous perdu votre emploi ou fait faillite ?
Comme j’avais gagné sur l’essentiel dans l’affrontement de guérilla que j’avais provoqué, je décidai de céder là-dessus. Après un rappel de mes principes, je lui dis, premièrement, que « je ne peux perdre mon emploi puisque je n’en ai pas » et, deuxièmement, que « je n’ai pas fait faillite parce que je suis honnête et que, si jamais je fais faillite, ce sera à cause des impôts outrageants que le tyran me réclame ».
– Je serai en mesure de vous émettre votre permis.
– J’espère que vous ne vous attendez pas à ce que je vous dise « merci » !
– Non, Monsieur.