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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1996)

La suppression du service militaire obligatoire en France

[Montréal, le 4 juin 1996]

L'idée de supprimer le service militaire obligatoire (dit "service national") est évidemment louable: c'est peut-être la seule décision libérale de l'actuel gouvernement français. Encore faut-il savoir pourquoi on le supprime. Ce n'est pas vraiment une question d'efficacité économico-militaire, mais essentiellement une question de liberté individuelle contre un esclavage organisé par l'État.

Jacques Chirac écrit dans Le Monde (30 mai 1996, p. 6): " ... je dois et je veux défendre l'idéal républicain auquel [le service national] se réfère, qui est un idéal d'égalité, un idéal de solidarité, un idéal de patriotisme. C'est pourquoi je souhaite que chaque jeune Français, dans l'année de sa majorité, vive une rencontre avec la nation. Ce rendez-vous citoyen ne doit pas souffrir d'exception. Il permettra d'établir un bilan général de la scolarité et du niveau scolaire des jeunes Français. [...] Il dispensera une information civique sur le fonctionnement de notre démocratie et de nos institutions."

Solidarité, égalité, patriotisme? Point de mention de la liberté. Rencontre avec la nation? "Jeunes gens, je vous présente la nation; allons prendre un verre avec elle." Un bilan général des jeunes Français? Mais ils sont certes déjà parfaits puisqu'ils ont, à cet âge, passé la plus grande partie de leur vie sous la férule de l'État, dans ses crèches, pré-maternelles, maternelles, écoles publiques et universités d'État. Information civique? Disons plutôt: propagande étatique. Bref, le gouvernement supprime le service militaire tout en cherchant des succédanés à sa fonction d'asservissement. C'est comme supprimer l'esclavage tout en favorisant la survie des âmes d'esclave.

Le test républicain suprême, le test ultime d'un pays d'individus libres et responsables, serait que ceux-ci se comportent volontairement en patriotes. C'est-à-dire, premièrement, Thoreau le disait bien, qu'ils résistent à l'État la plupart du temps; et deuxièmement, qu'ils soient prêts à prendre volontairement les armes -- leurs propres armes -- quand c'est nécessaire pour protéger leur liberté[1]. Cet idéal est incompatible avec la tyrannie administrative actuelle, la déresponsabilisation de l'individu par l'État, le désarmement, et l'usage de faux dont l'État se rend coupable en personnifiant la nation.


1. Voir à ce sujet mon Le droit de porter des armes , Paris, Belles Lettres, 1993.

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