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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1996)

Lettre au ministre de la Santé

[Montréal, le 15 mars 1996]

Monsieur Jean Rochon
Ministre de la Santé et des Services sociaux
Gouvernement du Québec
Fax no 514-873-7488

Monsieur le Ministre,

Vous me permettrez de profiter de la Journée Internationale de l'Individu pour vous signifier la requête suivante.

Je note que la carte d'assurance maladie que votre gouvernement m'avait naguère émise (et qui porte le numéro ...) est échue depuis plusieurs mois. Je note aussi que, pour la renouveler, vous me demandez de remplir un formulaire, de faire la queue dans un de vos CLSC, de fournir le numéro d'assurance sociale dont vos collègues d'Ottawa marquent leur bétail, de produire une photo de votre humble serviteur et, en général, de vous accorder de nouveaux moyens de me ficher et de me contrôler. Ces exigences font que votre assurance maladie, si tant est qu'il en fût jamais autrement, comporte maintenant pour moi des coûts -- en termes monétaires et surtout en termes de dignité personnelle -- nettement plus élevés que ses avantages.

Par conséquent, je vous informe que je ne souhaite pas assurer ma santé auprès de vous ni, par conséquent, vous payer le prix de cette assurance. Je vous demande donc, premièrement, de veiller à ce que le ministre du Revenu déduise de ce qu'on appelle "mes" impôts les quelque $1339 par année que votre régime me coûte. Vous m'obligeriez en réglant les détails administratifs avec votre collègue. En cas de désaccord sur le montant, qui provient de vos statistiques officielles, je suis disposé à en discuter avec vos fonctionnaires. Je vous signale en passant que, dans un geste de bonne volonté (et de dignité, bien sûr), je ne vous avais pas réclamé les frais médicaux relatifs à la naissance de mon fils cadet en Californie, il y a plusieurs années.

Deuxièmement, je compte aussi que vous me libérerez de l'article 11 de la loi sur l'assurance hospitalisation et de l'article 15 de la loi sur l'assurance maladie, qui confèrent un monopole de l'assurance à votre gouvernement en ce qui concerne les services assurés définis par la loi. Je pourrai alors faire mes propres arrangements d'assurance. Pour avoir le bonheur d'être ainsi libéré de votre tutelle, je serais disposé à renoncer à toute poursuite pour les préjudices éventuels que pourrait me causer, dans ma recherche d'arrangements privés, la prohibition dont je suis victime depuis un âge où l'assurance privée m'aurait coûté moins cher.

Comme l'État est gentil, pacifique, fondé sur le libre consentement, et qu'il veut mon bien, je ne doute pas que vous accéderez rapidement à cette requête de libération. En retour, il me fera plaisir de vous retourner la vieille carte d'assurance maladie en ma possession ainsi que les formulaires de renouvellement que j'ai reçus.

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie, Monsieur le Ministre, de croire à ma haute considération.

Pierre Lemieux

Copies:
M. Roger Bertrand, ministre du Revenu
M. André Dicaire, président, RAMQ

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