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Tabac: réplique aux prohibitionnistes [Montréal, le 27 septembre 1996]
Les réponses qu'ont suscitées mon article sur la liberté de fumer (La Presse, 3 septembre 1996) rappellent un peu les chasseurs de sorcières des 16e et 17e siècles, souvent des hommes savants mais qui ne faisaient qu'ânonner les "faits incontestables" qui traînaient dans le ouï-dire du temps. À califourchon sur leur balai, les sorcières allaient à des sabbats forniquer avec le Diable.
Au mieux, mes honorables contradicteurs n'ont fait que répéter les résultats de recherches réalisées il y a plusieurs années par le lobby étatique (généralement américain) de la prohibition, et qui ont souvent été qualifiées de junk science . J'ai écrit au "biologiste" qui déclarait que "l'association entre le tabac et les cancers du poumon et de la vessie a été [...] prouvée de façon expérimentale chez des animaux exposés à de la fumée de cigarette", en lui demandant de bien vouloir me citer des références scientifiques à ce sujet. Il ne m'a pas répondu, et pour cause, car je n'ai jamais trouvé, ni vu citer, de telles références dans la littérature scientifique.
Quant aux doutes que j'exprimais, ils sont fondés sur quelques dizaines de références scientifiques, dont il était impossible de faire état dans un court article de journal, mais qui sont disponibles dans un travail plus détaillé[1].
Tous mes contradicteurs ont choisi d'ignorer l'argument principal de mon article de La Presse : même si le tabac (ou l'alcool ou le sexe) est aussi dangereux que le prétendent ces bons inquisiteurs payés aux frais des contribuables, c'est à chaque individu de décider si le plaisir en vaut le risque; et les droits de propriété régleront les problèmes de cohabitation entre fumeurs et non-fumeurs. Même si les sorcières font ce que l'on dit, ce n'est pas une raison pour leur envoyer les flics de l'État.
Urbain II et Innocent XII interdirent le tabac dans les églises sous peine d'excommunication. Jacques 1er d'Angleterre figure parmi les premiers prohibitionnistes modernes. Le cardinal Richelieu et la reine Victoria s'opposaient au tabac. Alexis de Tocqueville remarquait comment le puritanisme des colonies américaines s'était traduit en interdictions légales du blasphème, de l'adultère, et du tabac.
Sans compter l'ineffable Hitler, qui, entre autres inepties sur le tabac, disait: "Quand je descends dans un hôtel où les gens fument, j'ai l'impression d'attraper un rhume en moins d'une heure. Les microbes se ruent sur moi! Ils trouvent un environnement favorable dans la fumée et la chaleur[2]."
On comprend que les réglementeurs et les prohibitionnistes soient un peu gênés de se retrouver du côté des puritains et des tyrans de l'histoire.
1. Voir, sur ce site, mon article "Tabac et liberté".
2. Hitler's Table Talk 1941-1944, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1953, p. 231-232 et passim.