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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1998)

Pannes d'électricité et prix du marché

[Sherbrooke, le 11 janvier 1998]

J'écris cette chronique à partir des Cantons de l'Est où j'ai fui les pannes d'électricité qui ont frappé plus d'un million de clients du monopole étatique d'Hydro-Québec. Au début de la nuit du vendredi 18, j'ai en effet quitté mon appartement de Montréal où, après deux jours sans électricité et douze heures sans micro-ordinateur, je venais de manquer d'eau -- pour ainsi dire, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. J'ai rassemblé armes et bagages, sauté dans ma Jeep, et emprunté le seul pont qui reliait encore l'île à la rive sud.

Une des leçons des pannes d'électricité et de leurs conséquences se trouve dans les protestations des journalistes au sujet de l'augmentation du prix des bougies, du bois de chauffage, ou de l'essence (par exemple, voir La Presse, 10 janvier 1997, p. A-5). Il fallait bien trois siècles d'analyse économique pour en arriver là.

La demande ayant augmenté, les prix du marché ont suivi, ce mécanisme permettant de rationner la demande excédentaire et de satisfaire d'abord les besoins les plus urgents. Si les prix n'augmentent pas en pareille situation, une pénurie apparaît, c'est-à-dire que les choses sont simplement introuvables même à payer plus cher. L'offre déficitaire doit alors être rationnée par d'autres mécanismes que le prix, soit par le hasard, par les files d'attente, ou par les décisions de l'autorité. On notera du reste comment, si on prohibe l'augmentation des prix, ceux-ci se réintroduisent en catimini dans le processus de rationnement: obtiendront les biens rares ceux qui sacrifieront le plus de temps dans les files d'attente ou qui consacreront le plus de ressources au lobbying politique ou bureaucratique, ou encore ceux qui auront déjà payé en dignité le prix nécessaire pour faire partie de la Nomenklatura.

Au lieu de vitupérer "les profiteurs", de répéter le genre d'appels populistes et étatistes qui accompagnèrent la Terreur, les journalistes devraient plutôt enquêter sur la répartition bureaucratique et politique de l'électricité. Ils découvriraient sans doute que le marché est un processus de répartition plus efficace et plus juste que le système politique et bureaucratique.

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