Les mange-peuple du fisc [Montréal, le 23 septembre 1996]
Le ministère fédéral du Revenu annonce fièrement qu'un petit entrepreneur a été condamné à un an de prison pour évasion fiscale (La Presse , 21 septembre 1996, p. A-10). Se faisant l'écho de la propagande du fisc, le journal ajoute: "Revenu Canada est déterminé à poursuivre sans relâche des enquêtes sur les entreprises qui flouent le fisc au moyen de fausses factures, de salaires payés au noir ou d'autres stratagèmes. Les peines de prison vont devenir monnaie courante, indique le ministère."
En effet, les peines de prison pour évasion fiscale, qui étaient rares au Canada, se répandent comme une épidémie de guerre bactériologique (le Grand Frère canadien suivant encore en cela les pires exemples américains). Alors que l'État confisque plus la moitié de ce que les gens produisent et gagnent, il n'est plus possible de maintenir la fiction du citoyen qui paie volontairement l'impôt à un État doux qui lui veut du bien.
Le fisc est le représentant par excellence de ces "mangepeuples" dont parlait La Boétie[1], et l'évasion fiscale n'est que de la légitime défense civilisée[2]. L'évasion fiscale comporte aussi l'avantage de constituer un frein automatique à la croissance de l'État. Si ce frein devient accélérateur parce que l'État s'énerve et substitue la répression tous azimuts à la suprématie du droit, alors, il devient urgent (faute de l'avoir fait avant) d'organiser la résistance fiscale.
Des révolutions, notamment l'américaine et la française, ont été menées contre des États qui ne levaient qu'une fraction des très obscènes impôts actuels.
1. Voir Estienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1574-1576), in Oeuvres complètes d'Estienne de la Boétie , Édition nouvelle augmentée en deux volumes, vol. 1, William Blake and Co. Edit., 1991, p. 96.
2. Voir mon article "A Few Words in Support of Tax Evasion", Globe and Mail , 31 janvier 1994; reproduit sur ce site.