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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1997)

Défense de la langue française au lit

[Montréal, le 8 avril 1997]

Avec un savant ami, nous discourions hier sur la statistique de Maxwell-Boltzman, les automates cellulaires, la théorie des jeux, l'anarchie artificielle et, bien sûr, la tyrannie actuelle. Nous en vînmes rapidement aux choses sérieuses: les enfants, les femmes et l'amour. Je remarquai qu'en vieillissant, je trouve plus important qu'une femme partage la même culture que moi. Il rétorqua fort à propos que les mots d'amour se chuchotent mieux dans sa propre langue.

Nous échafaudâmes ainsi la théorie suivante. La langue que l'on parle a relativement peu d'importance au travail ou dans la science, il faut être béotien pour s'en formaliser, et tels sont les États qui tentent de la contrôler avec leur législation linguistique[1]. Mais au lit, la question devient fondamentale.

L'État devrait donc réorienter sa coercition vers les murmures d'alcôve. Du reste, il intervient déjà dans ma chambre à coucher: par exemple, ses soi-disant lois me prétendent coupable d'un délit ou d'un crime si j'y garde des cigarettes de contrebande ou du pot, où si mes armes n'y sont pas verrouillées. Ses formulaires s'intéressent déjà à nos chagrins d'amour[2].

De plus, se trouve en jeu rien de moins que notre avenir collectif. Comme le disait déjà ce vieux con de Lionel Groulx dans L'appel de la race, les amours mixtes (spécialement avec des Anglaises) font des enfants débiles. Mon bon Seigneur, protégez-nous!

 


1. Plusieurs de mes écrits concernent la culture -- par exemple, ma chronique du 29 juillet 1996, "L'État qui pète plus haut que son cul".

2. Voir mon article "Holà! Police Canada", Le Devoir, 23 décembre 1993, p. A-7, reproduit sur ce site; et "Questionnaire policier pour citoyens idiots et irresponsables", Le Devoir, 29 juillet 1996, p. A-7, aussi reproduit sur ce site.

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