Québec: Léviathan aux abois [Montréal, le 29 mai 1996]
L'État est aux abois. Malgré qu'il extorque plus de 50% de ce que les gens produisent et gagnent, il est à bout de ressources. Ainsi, le gouvernement du Québec se prépare à adopter le projet de loi no 32, qui faciliterait l'accès du fisc aux bases de données informatisées de l'administration publique (Régie de l'assurance-maladie, Régie de l'assurance-automobile, municipalités, etc.). Ce projet de loi soustrait les organismes publics aux articles 65 à 70 de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, garde-fous poutant bien modestes qui ne faisaient qu'exiger une entente préalable avec la Commission d'accès à l'information.
Sauf pour qui fait naïvement confiance à l'État monstrueux dont nous sommes affublés, il était à prévoir que ces molles sauvegardes légales s'écrouleraient vite, et que tout renseignement fourni à un organisme public par un individu serait éventuellement utilisé contre lui. On chercherait en vain des moyens légitimes et respectueux des libertés individuelles par lesquels Léviathan[1] pourrait continuer son oeuvre d'inquisition tranquille, d'extortion permanente et de contrôle minutieux des individus. On s'apercevra bientôt que la lutte à l'évasion fiscale, cette légitime défense pacifique, ne frappera pas seulement les familles riches (celles gagnent plus de 50 000 dollars par année), mais qu'elle saisira tout le monde dans ses filets serrés. Le pire reste sans doute à venir.
Afin de minimiser la violence dont nos enfants seront victimes et qu'ils devront eux-mêmes utiliser quand ils voudront, trop tard, se révolter, on doit empêcher Léviathan de dévorer davantage nos libertés. La désobéissance civile, le refus de fournir des renseignements à l'État ou d'utiliser les numéros d'identification dont il marque son bétail, comptent parmi les moyens pacifiques dont nous disposons[2]. Ceux qui croient à la liberté portent une lourde responsabilité, dont l'histoire leur fera justice. Ma prévision est qu'un jour, si la liberté existe encore dans ce pays, le gouvernement fédéral, comme pour Louis Riel, émettra un timbre en l'honneur de ceux qui auront refusé d'être complices.
De plus en plus, Léviathan se voit forcé de dévoiler son vrai visage. Point de différence, de ce point de vue, entre son petit bras provincial et son gros organe fédéral. Il ne sert à rien que ses sujets tentent d'appaiser Léviathan par leur obéissance: depuis des décennies que nous sommes gentils avec lui, et qu'il n'a cessé de profiter de notre bonasserie pour nous enserrer dans des autorisations, des contrôles et un quadrillage administratif de plus en plus étouffants. Il importe, quand Léviathan est aux abois, d'en profiter pour le harceler, lui donner des coups de pique, l'épuiser, jusqu'au jour où un nombre suffisant d'individus libres lui diront simplement et calmement: "Non serviam ."
1. Voir, sur ce site, la page "Léviathan".
2. Pour quelques idées bien modestes, voir mon "Coin de la résistance". À un niveau plus théorique, voir mon article "On Revolution: The Right to Smash the State", Liberty, septembre 1996, à paraître (disponible sur ce site à au début de juillet).