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Chrétien et Bouchard: les deux larrons en foire [Montréal, le 7 mai 1996]
Ainsi, le ministère québécois de la Justice a bloqué la poursuite pénale qu'un simple citoyen avait intentée contre le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, lequel avait, de ses propres mains étatiques, physiquement assailli un manifestant le 15 février dernier[1].
La capacité du ministère de la Justice de stopper ce genre de poursuites n'est pas condamnable en soi, tellement la diarrhée de lois pénales dont nous sommes affligés nourrirait les tentations de vengeance et de harcèlement privés. Mais le geste du gouvernement du Québec, volant au secours de son ennemi fédéraliste apparent, revêt sans doute une tout autre signification: les larrons en foire que sont les statocrates se protègent mutuellement contre des lois qui visent surtout leurs sujets. Plus exactement, les politiciens provinciaux savent bien que, dussent-ils soumettre les fédéraux aux rigueurs de la loi, ces derniers n'auraient aucune difficulté à leur rendre la pareille. Il y a tellement de lois à propos de tout (et pas seulement d'aggression physique, ce qui était reproché à M. Chrétien) et de rien que n'importe qui pourrait être poursuivi pour quelque chose.
La meilleure est que le ministre québécois de la justice, M. Paul Bégin, aurait justifié son geste secourable en prétextant l'improbabilité de récidive de M. Chrétien (La Presse, 7 mai 1996, p. 2). Dans un contexte plus général, c'est tout le contraire: la probabilité de récidive du premier ministre canadien est de cent pour cent, puisqu'il viole quotidiennement nos droits. Mais les politiciens provinciaux se sentent sans doute, et à juste titre, tout aussi coupables.
1. Voir ma "Défense de Jean Chrétien", Chronique française et iconoclaste, 16 février 1996. Voir aussi une image JPEG (350 k) de l'événement.