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L'argent que nous devons à M. Landry [Montréal, le 9 mai 1996]
Quand les dépenses publiques augmentent, les pouvoirs de l'État croissent naturellement. Quand l'État tente de freiner ses dépenses sans remettre en question ses pouvoirs, ceux-ci croissent encore. Telle est la logique du pouvoir. Les crédits déposés le 27 mars par le gouvernement du Québec annonçaient une réduction des dépenses -- pour la première fois de mémoire d'homme. Le budget présenté aujourd'hui par le ministre des Finances, M. Bernard Landry, propose un alourdissement marqué de ce que Tocqueville appelait la "tyrannie administrative", sous prétexte de contrer "l'évasion fiscale" et d'écraser les petites gens de l'économie souterraine.
"Qui, demande emphatiquement le ministre, va se lever pour dire: Ne collectez [sic] pas l'argent qui vous est dû?" Entre, disons, des prélèvements étatiques de 0% ou de 20% de ce que les gens produisent et gagnent, il y a place pour des désaccords honnêtes entre hommes de bien. De même, la morale et l'économie peuvent se demander si la liberté exige de supprimer 100% ou seulement 75% de la tyrannie administrative. Mais quand l'État confisque 50% des revenus et utilise ces argents pour contrôler, numéroter, ficher et administrer les gens, il est clair, Monsieur le Ministre, que cet argent ne vous est pas "dû", sinon dans le sens où on doit quelque chose à un voleur et à un esclavagiste.
Étrangement, du reste, M. Landry croit simultanément que le gouvernement fédéral "vole" (c'est l'expression même qu'il a utilisée dans une interview à Télé-Métropole) le gouvernement du Québec, et que ses propres sujets nationaux lui doivent de l'argent. Morale de midinette.
Qui va se lever contre vos exactions? Mais, Monsieur le Ministre, tous ceux qui croient à la liberté[1].
1. Voir mon article "A Few Words in Favor of Tax Evasion", Globe and Mail, 31 janvier 1994. Voir aussi mon "Coin de la résistance".