Massacres d'enfants dans une société douce [Montréal, le 25 janvier 1996]
L'assassinat de deux jeunes enfants par leur mère suivi du suicide de celle-ci dans une petite ville du Québec, le 23 janvier, soulève des questions inquiétantes. Que la coupable ait été décrite comme une mère modèle ne fait qu'approfondir le problème. Son crime, commis avec l'arme de poing de son mari, suivait de quelques jours le geste d'un père musulman qui a massacré sa femme et ses filles à l'arme blanche et au marteau.
Comment de telles tragédies peuvent-elle survenir à répétition dans une société douce (la "gentler and kindler nation " qui, selon l'expression consacrée, distingue le Canada des États-Unis), dotée d'un État-Providence qui prélève la moitié de la production nationale pour s'occuper de tout le monde du berceau à la tombe? et, qui plus est, condamne tout simulacre même verbal de violence non étatique, et contrôle les armes depuis plusieurs décennies?
Le problème ne se trouverait-il pas justement là où certains imaginaient la solution? Une hypothèse: l'individu étant déresponsabilisé, écrasé par le groupe, spolié de sa dignité personnelle (en plus de la moitié de ce qu'il gagne), accoutumé à la violence toujours justifiée de l'État, les plus faibles d'entre eux perdent toute notion du bien et du mal et disjonctent quand la surcharge dépasse un seuil minimum de frustration.
Heureusement que les dirigeants de l'État ne sont jamais sujets à ces accès de folie.