| Autres chroniques |

CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1996)

Répression française contre le "travail clandestin"

[Montréal, le 21 octobre 1996]

Étrange -- ou est vraiment étrange? -- comme tous les États se ressemblent. Ils réglementent la vie et, quand les réglementés se rebiffent, ils accentuent la répression.

Un autre exemple nous en est donné par la répression du travail au noir, c'est-à-dire du travail libre, c'est-à-dire du travail interdit par une réglementation étouffante et une fiscalité spoliatrice. Comme le gouvernement du Canada[1] et celui du Québec[2], le gouvernement français intensifie ses moyens de répression avec son projet de loi relatif au "renforcement de la lutte contre le travail clandestin" (Le Monde, 18 octobre 1996, p. 11). Le projet prévoit même la privation des droits civiques pour les employeurs coupables d'embaucher du monde.

Tiens! le Léviathan canadien n'a pas encore songé à ce genre de peine. Mais il s'agit généralement qu'un État démocratique introduise une nouvelle forme de répression pour que, à terme, elle se répande parmi ses pareils, dans une quête ininterrompue du plus grand commun dénominateur de la tyrannie tranquille. Au mieux, chaque État adapte ses moyens de répression aux traditions et contraintes locales.

Drôle de notion que celle de "travail clandestin". Drôle d'idée selon laquelle ceux qui ont du travail (qui sont victimes de "l'esclavage du salariat") se protègent contre les travailleurs et entrepreneurs souterrains. Qu'en penseraient ceux qui, dans la nuit du 4 août 1789, ont aboli les privilèges ou ceux qui, en mars 91, ont supprimé les corporations? Qu'en diraient tous ceux qui ont lutté pour la liberté du travail?


1. Voir mon article "A Few Words in Support of Tax Evasion", Globe and Mail, 31 janvier 1994; disponible sur ce site.

2. Voir ma récente "Apologie de la résistance fiscale", Le Devoir, 16 octobre 1996; disponible sur ce site.


| http://www.pierrelemieux.org |