| Home Page de Pierre Lemieux | Autres chroniques |
CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1995)
Irrationalité, rectitude politique et âme d'esclave [Montréal, le 18 novembre 1995]
Le Sénat canadien s'apprête à adopter une nouvelle loi qui, pour la troisième fois en moins vingt ans, resserre le contrôle des armes à feu pour les simples citoyens, accroît les pouvoirs arbitraires de la police, et constitue une étape significative vers la prohibition. Cette loi érige un monument à l'irrationalité, à la rectitude politique, et à l'âme d'esclave de ceux qui forment l'opinion publique.
En poursuivant le désarmement des honnêtes gens et en accréditant l'irresponsabilité des simples citoyens, cette loi masque la faillite de l'État dans la sécurité publique et la protection des droits individuels.
L'opinion publique telle que véhiculée par les médias est apparue encore plus politiquement correcte au Québec que dans le reste du Canada, comme si les Québécois étaient plus canadiens que les Canadiens eux-mêmes. Au cours de leur soi-disant consultation, la Chambre des Communes et le Sénat ont tous deux refusé d'entendre les quelques Québécois qui avaient demandé de comparaître pour défendre les fondements philosophiques du droit de posséder et de porter des armes.
Le droit pour le simple citoyen de posséder et de porter des armes avait été reconnu autant par la Common Law britannique que par le droit révolutionnaire français. Il a toujours marqué la distinction entre l'homme libre et l'esclave[1]. Une loi de Virginie de 1779 (ch. 51), typique des lois sudistes de l'époque, l'exprime a contrario :
"Un esclave ne peut avoir en sa possession ni transporter quelque arme que ce soit, si ce n'est avec des ordres écrits de son maître ou employeur, ou en sa compagnie[2]."
Que les gens acceptent -- que dis-je? réclament -- d'être traités ainsi par le Prince confirme ce que disait Georges Ripert: "L'homme vivant sous la servitude des lois prend sans s'en douter une âme d'esclave[3]."
1. Voir Pierre Lemieux, Le droit de porter des armes, Paris, Belles-Lettres, 1993. [Retour au texte]
2. "No slaves shall keep any arms whatever, nor pass, unless with written orders from his master or employer, or in his company, with arms from one place to another." (A Bill Concerning Slaves, reproduit dans The Essential Jefferson, sous la direction de Albert Fried, Collier Books, 1963, p. 140). [Retour au texte]
3. Georges Ripert, Le Déclin du Droit, Paris, LGDJ, 1949. [Retour au texte]