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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ICONOCLASTE
(© Pierre Lemieux 1995)

Assassinats politiques et démocratie

[Montréal, le 7 novembre 1995]

L'assassinat de Yitzhak Rabin ou la tentative d'agression du premier ministre canadien Jean Chrétien -- dans le premier cas par un extrémiste intégriste et dans le second, sans doute, par un déséquilibré -- pose la question complexe de l'assassinat politique.

Sans nier, bien sûr, la douleur des proches de la victime, évitons les pleurnicheries usuelles sur les princes qui se dévouent pour nous et n'en retirent qu'ingratitude. Pauvre M. Chrétien: tout le Canada est aux abois parce que la police a pris un long huit minutes à répondre! Essayons d'isoler les vraies causes de la spirale de la violence[1].

La démocracie offre l'avantage, quand la liberté est menacée, de congédier les gouvernants sans effusion de sang. Être un substitut pour la révolution nécessaire est sa très utile fonction première. Mais quand la démocratie est plutôt considérée comme un idéal de consensus totalitaire, comme un substitut aux choix individuels, elle perd de plus en plus la capacité de remplir sa fonction première.

Si cette hypothèse est juste, on doit hélas! s'attendre, dans une démocratie totalitaire, à ce que la violence, justifiée ou non, réponde à la violence légale de l'État.


1. Voir à ce sujet le très intéressant article de Randy Barnett, "Guns, Militias, and Oklahoma City", Tennessee Law Review, vol. 62, no 3 (printemps 1995), p. 443-459. [Retour au texte]

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