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24 juin: Mais qu'avons-nous donc à fêter? [Montréal, le 24 juin 1997]
Le 24 juin est la "Fête nationale des Québécois", recyclage politique de l'ancienne fête de saint Jean Baptiste, ex-patron national des Canadiens-Français. Mais qu'est-ce que les habitants du Québec ont-ils donc à fêter[1]?
Le chômage? la société bloquée? l'État qui vole la moitié de ce que les gens produisent et gagnent? le ministère de la Santé qui, dans sa grande mansuétude, raccourcit avec l'argent des autres les files d'attente qu'il a créées en chirurgie? la police de la langue et une culture artificielle soutenue à bout de bras armé[2]? Un système d'éducation de troisième ordre? Les contrôles administratifs que nous importons où qu'on les trouve dans le monde quand nous n'inventons pas nos propres instruments de tyrannie tranquille? L'écrasement de l'individu, l'avenir conflictuel et bouché[3]? Doux Jésus! il n'y a pas de quoi pavoiser.
Célébrer ce qui nous reste de l'idée occidentale de la liberté, qui fut sans doute bien représentée dans l'individualisme traditionnel des Canadiens-Français? Oui, sans doute. Encore qu'on se demande pourquoi fêter ce qu'il nous en reste plutôt que de se révolter devant ce que les statocrates nous en ont enlevé.
Profitons-en pour poser une question aux représentants officiels des nationalistes québécois, comme le Premier ministre du Québec ou le chef du Bloc Québécois. Au lieu de suivre comme des moutons les avancées de la tyrannie administrative au Canada, d'en rajouter chaque fois que le gouvernement canadien intensifie l'étatisme providentiel, pourquoi ne pas fonder vos velléités sécessionnistes sur le rejet de la tyrannie fédérale et la défense de la liberté?
1. Voir mon projet d'hymne national du Québec, "La Bouillabaisse ou le Chant des Homards", publié dans Le Devoir du 3 août 1995.
2. Voir mes articles sur la culture et notamment, dans cette chronique, ma "Défense de la langue française au lit"; ainsi que mes "Réflexions libres sur l'État et la culture", in Les politiques culturelles à l'épreuve. La culture entre l'État et le marché, sous la direction de Florian Sauvageau, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1996, p. 151-169.
3. Quelques éléments de futorologie se retrouvent dans mon "Histoire de la carte d'identité au Québec, 1997-2030", publiée sur ce site.