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Exclusif à ce site ce site, juin 1997.
Oui, c'est bien à vous que je m'adresse, fonctionnaire du fisc, qui passez votre temps à me harceler et à voler le pain sur la table familiale. Mais oui, je sais que vous n'êtes sans doute pas mal intentionné, que vos patrons vous font croire que vous jouez un rôle utile pour "la société", et que vous devez bien aussi gagner votre croûte. La question est de savoir s'il est moral de la gagner en extorquant les autres. Et, non, je ne suis pas le seul à penser cela, bien que peu de vos assujettis osent vous le dire ouvertement.
Pourquoi, croyez-vous, les gens ont-ils peur de vous? La raison en est simple: vous avez derrière vous le pouvoir armé de l'État. L'individu qui ne vous obéit pas, ou peut-être seulement qui vous conteste, risque d'être victime de votre persécution et de voir ses biens saisis par vos diktats administratifs. S'il résiste, vous appellerez votre police, qui emprisonnera le récalcitrant, et tirera s'il se défend. Bref, votre pouvoir est fondé sur la violence.
Aujourd'hui, la totalité des impôts équivaut à la moitié de ce que les gens produisent et gagnent. C'est dans vos statistiques officielles: les dépenses publiques atteignent la moitié de la production nationale. Saviez-vous qu'au cours de l'histoire, plusieurs révolutions ont été faites contre des impôts qui n'atteignaient pas une fraction de l'extorsion dont vous êtes actuellement complice?
On vous a raconté que nous vivons dans un régime démocratique et que ces impôts outrageants sont consentis par le peuple? Vous savez bien, au fond de vous-même, que c'est là une sinistre plaisanterie. Où est-il ce peuple? Vous l'avez déjà rencontré? "Il" vous a dit qu'il était heureux de se faire extorquer la moitié de ses revenus? Ah! vous ne voulez pas dire "le peuple", vous voulez dire "la majorité". Qu'entendez-vous exactement par majorité? Parmi les 70% qui votent, les 50% (ou parfois 40%) qui élisent au gouvernement des partis tous pareils? Supposons quand même que c'est une majorité qui vous soutient. Le problème demeure que je ne fais pas partie de ce peuple-là ni de cette majorité-là.
Tout ce que je demande, c'est que vous me fichiez la paix et que vous me laissiez vivre tranquille. Je ne vous ai jamais demandé d'assistance sociale ni d'assurance chômage, je ne vous ai jamais quémandé de subventions. Je ne veux pas de vos soi-disant services. J'ai envoyé mes enfants à l'école privée, ce qui tombe bien puisqu'ils ont ainsi appris le français et le calcul. Vérifiez dans vos ordinateurs de Big Brother: vous verrez que je n'ai pas réclamé d'allocations familiales quand cette décision m'a été donnée. Depuis près de deux ans, je n'ai pas de carte d'assurance maladie puisque je refuse d'être embrigadé dans ce système de fichage déguisé. Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir puisque vos lois interdisent l'assurance privée, et que vivre comme un homme libre est bien difficile dans votre société bloquée. Tenez, la semaine dernière, j'ai amené mon fils consulter un médecin non participant à votre racket de l'assurance maladie, et j'ai été heureux de le payer moi-même avec l'argent de poche que vous me laissez si gentiment.
Bref, je ne vous demande rien. Pourquoi donc me forcez-vous à payer vos impôts outrageants?
Vous êtes-vous jamais demandé ce qui distingue votre État d'une mafia? Exactement comme la mafia, vous me forcez à payer pour vos prétendus services dont je me passerais avec bonheur. Pire, vous utilisez l'argent que vous m'extorquez pour me ficher, me réglementer et me contrôler toujours davantage. Si je n'obéis pas, vous utilisez la violence exactement comme la mafia, avec la seule différence que la vôtre est médiatisée et occultée par toute une série de procédures que vous appelez vos "lois".
Vous revenez avec l'idée que votre mafia, elle, est démocratique? Que 50% plus un (à supposer qu'autant d'individus soient d'accord avec vous) ont le droit de se comporter comme une mafia envers la minorité? Qu'une mafia majoritaire n'est pas une mafia? Ne réalisez-vous pas qu'il y a quelque chose qui cloche là-dedans? Pourquoi votre majorité aurait-elle le droit, par la force, d'imposer sa manière de vivre à la minorité dont je fais partie? En vertu de quoi avez-vous le droit de m'empêcher de vivre en paix comme je le veux? En vertu de quoi prétendez-vous avoir le droit de voler l'argent que j'ai gagné à la sueur de mon front?
Posez ces questions à vos patrons. Poussés dans leurs derniers retranchement, il finiront par dire: "C'est une exigence de la vie en société." Cet argument favori des tyrans de l'histoire est évidemment absurde. Nous ne vivions pas en société quand, il y a quarante ans, les impôts étaient presque deux fois moins élevés qu'aujourd'hui? Parlons en clair: ce que l'idéologie étatiste veut dire, c'est que les impôts spoliateurs que vous levez constituent une condition de la tyrannie, qu'il s'agisse de la tyrannie d'une minorité ou d'une majorité.
Je ne peux m'étendre ici sur ces questions, qui ont été traitées par un grand nombre d'auteurs auxquels mes propres ouvrages font référence. Du reste, l'illégitimité de vos impôts et de votre système saute de plus en plus aux yeux. Allez faire un tour sur le Web, par exemple, où vous aurez l'occasion de lire plein de choses sur la révolte qui gronde parmi la minorité invisible que vous exploitez. Ce n'est pas pour rien que votre État cherche aussi maintenant à utiliser l'argent qu'il nous extorque pour contrôler l'Internet.
Il est vrai que des différends honnêtes sont possibles concernant les exigences de la vie en société. Peut-être est-il vrai que l'État est nécessaire pour assumer certaines activités que les individus seraient autrement incapables d'accomplir eux-mêmes. Peut-être un impôt minimal fait-il partie de la vie en société. Peut-être existe-t-il une zone floue où l'État n'est pas tout à fait esclavagiste sans être tout à fait volontaire. Mais nous n'en sommes pas là. Personne ne peut rationnellement soutenir que vos impôts outrageants, votre tyrannie administrative et votre violence légale soient cohérentes avec la vie civilisée. Vous êtes les barbares du 20e siècle.
Je me demande d'ailleurs pourquoi je continue de payer. Et je ne suis pas le seul. Et je serai de moins en moins le seul.
C'est pourquoi -- et vous le savez bien -- vous êtes maintenant obligé d'embaucher des nuées de flics-inspecteurs, de faire des contrôles fiscaux à tout propos, et d'écrire aux citoyens (prétendument vos maîtres, quelle blague!) des lettres de menaces où vous leur montrez bien que la force est de votre côté. Vous avez, et vous aurez, de plus en plus besoin d'être craints parce que les gens sentent de plus en plus, même confusément, que vous n'êtes que des voleurs. Vos impôts ne sont pas consentis, ni par la minorité invisible dont je suis, ni par une proportion croissante des petites gens que vous harcelez et persécutez de plus en plus quotidiennement. Si l'histoire peut nous servir de guide, ce ne sera pas drôle (je veux dire pour vous) quand ils découvriront la nature du monstre qu'ils sont forcés de nourrir.
Si j'étais vous, je réfléchirais à tout cela. Non pas que vous ayez un bien grand pouvoir sur ce système esclavagiste qui croît de lui-même comme un cancer. Mais simplement parce que vous, comme individu, avez un libre arbitre et, je présume, une conscience morale. Et que le jugement de l'histoire sera dur pour ceux qui continuent, même afin gagner leur vie, d'obéir aux ordres.
Pierre Lemieux
Montréal, juin 1997