Publié dans Le Devoir, 27 janvier 2000, p. A-7.
Une dérive qui donne froid dans le dos
par
Pierre LemieuxLe porte-parole de la Non-Smokers Rights Association (NSRA) qui a répliqué à mon article du 11 janvier sur les fascistes de la santé me reproche davoir obtenu une contribution de 69 000 dollars du Conseil canadien des fabricants des produits du tabac, pour financer lédition 1999-2000 du séminaire « Choix individuels et liberté » à lUniversité du Québec à Hull. Non seulement ce financement nétait un secret pour personne (comme en témoignent nos affichettes et notre site Web à www.uqah.uquebec.ca/lemieux), mais je suis fier de cette contribution privée aux activités de recherche et à la défense de la liberté.
Le porte-parole, lui, ne se vante pas, et pour cause, de ce que 93,7% du demi-million de dollars de revenus annuels de la NSRA provient de subventions étatiques (selon leur rapport financier de 1997), cest-à-dire dargent volé.
De plus, est-il utile de rappeler que je défendais la liberté individuelle avant que les étatistes locaux ne connaisse même lexistence du concept ? Car il sagit bien dune lutte entre la liberté dune part et, dautre part, lidée étatiste que des comportements qui déplaisent à certaines élites doivent être traités et contrôlés comme des épidémies. Cette dérive du Public Health donne froid dans le dos.
On ne sétonnera donc pas que les fascistes de la santé craignent les débats didées. Mon séminaire Choix individuels et liberté a cherché durant cinq mois un économiste antitabac (ils ne sont pas nombreux, mais ils existent) prêt à participer à un débat public. Tous ceux que nous avons contactés, aux Etats-Unis et au Canada, ont refusé, parfois avec de bonnes raisons. Le haut bureaucrate de Santé Canada à qui mon collègue et codirecteur, le Pr Alain Albert, a écrit na même pas jugé bon de répondre.
Entre la défense rationnelle de la liberté et la pidgin philosophie de la NSRA, le lecteur jugera par lui-même. Les deux pièces à conviction sont : le livre de Robert Proctor (The Nazi War on Cancer, Princeton University Press, 1999), qui, selon la NSRA, se situe justement dans leur propre mouvance idéologique ; et lanalyse que jen fais dans mon article de la Independent Review, reproduit à www.pierrelemieux.org/artproctor.html.